Au fur et à mesure que s’écoule le second mandat du président Amadou Toumani Touré, la
situation politique au Mali est en pleine mutation. Cela coïncide avec une situation socio-économique difficile qui caractérise tous les pays. Le Mali n’est pas en reste, dans la mesure où on
s’apprête à participer aux états généraux sur la corruption et foras de septembre au mois de décembre 2008.
Le week-end dernier, l’ancien Premier ministre Abdoulaye Sékou Sow de l’ère Alpha Oumar Konaré a organisé une conférence de
presse, au cours de laquelle il a fait plusieurs révélations troublantes, concernant la gestion des affaires publiques et surtout les instructions données à lui par le premier président
démocratiquement élu du Mali, SEM Alpha Oumar Konaré. C’était à l’occasion de la publication de son livre sur la démocratie malienne.
Pour Abdoulaye Sékou Sow, il est nécessaire de procéder à la refondation de la démocratie malienne. Ce qui explique que le
processus démocratique malien comporte plusieurs lacunes et insuffisances que certains, à l’instar de cet ancien Premier ministre considèrent comme structurelles.
Si cette remarque est pertinente et bénéficie de l’adhésion quasi unanime de la population, classe politique et société civile
confondue, il n’en demeure pas moins que certaines déclarations de Abdoulaye Sékou Sow, également ancien ministre de la Défense du président Alpha Oumar Konaré, suscitent des
interrogations et inquiétudes.
Il s’agit notamment de celle, selon laquelle l’ancien président Alpha aurait demandé à ce que son ancien ministre de la Défense ,
fasse sortir l’armée pour écraser les élèves. Selon notre confrère de l’Indépendant, qui a publié le vendredi 5 septembre 2008 un large extrait d’une partie du livre présenté à la presse, « …en
première lieu, le Premier ministre Younoussi Touré, informé que le pays serait mis à feu et à sang, le lundi 5 avril 1993, a convoqué une réunion de quatre ministres d’Etat pour examiner la
situation, une sorte de cellule de crise qui n’en était pas une réalité car elle s’est réunie seulement le vendredi 2 avril dans la nuit. Tandis que le ministre d’Etat ; chargé de la sécurité
intérieure, le Professeur Mamadou Lamine Traoré avait programmé un voyage à l’étranger pour le 4 avril 1993. Aucune décision importante n’est sortie sauf que le ministre d’Etat, ministre de
l’Administration territoriale et de la sécurité intérieure, premier vice-président du parti majoritaire et chef du clan PMRD, devait mobiliser les forces de maintien d’ordre dont il assurait la
gestion, à savoir la police et la gendarmerie. Mais devant cette situation incompréhensible, à savoir le départ en mission pour une question de négociation frontalière, la veille des évènements
du ministre de la sécurité intérieure, premier vice-président de l’ADEMA PASJ, le ministre de la Défense Me Abdoulaye Sékou SOW) intrigué, posa la question suivante à son collègue de la
sécurité intérieure : « Monsieur Ministre, vous êtes le premier responsable de la sécurité intérieure du pays, comment pouvez-vous partir en mission en Guinée la veille des troubles en sachant
que le pays sera mis à feu et à sang. N’est-ce pas une manière de transférer les responsabilités à votre collègue de la défense qui assure votre intérim ? »
En d’autres termes, s’agit-il d’une fuite avant la tempête, après avoir semé le vent ? Comme seule réponse, ledit ministre déclara
qu’il était trop tard pour reporter sa mission parce que les autorités guinéennes avaient pris toutes les dispositions pour son accueil (une réponse plus que dérisoire).Le ministre chargé
de la Défense nationale déclara en prendre acte. Il faut ajouter que le ministre chargé de la sécurité ne rentra à Bamako qu’après la démission du gouvernement .En second lieu, le 5 avril
1993, premier jour des « casses » le président de la République et le président de l’Assemblée nationale demandèrent au ministre de la Défense nationale d’engager l’armée pour écraser les
manifestants alors même que la gendarmerie et la police, forces normales de maintien de l’ordre étaient à pied d’œuvre pour rétablir l’ordre.
Le ministre évita d’obtempérer, provoqua ainsi les réactions les plus vives des responsables du parti, du président de l’Assemblée
nationale et du président de la République. Celui-ci finit par informer le ministre de sa décision de réquisitionner l’armée pour la répression des troubles. Le ministre répondit qu’il attendait
cet « ordre écrit » de la présidence, c’est-à-dire la réquisition, mais qu’il en tirerait les conséquences. En fait, cette réquisition présidentielle n’est jamais venue, mais devant cette
divergence fondamentale entre le président et le ministre de la Défense sur l’emploi de l’armée, mais surtout devant l’oubli rapide de l’assassinat des martyrs de la démocratie par les forces
armées du général Moussa Traoré, le ministre décida de présenter sa démission au premier ministre à qui il demanda, le 8 avril 1993, dan la nuit un rendez-vous pour le lendemain. Il faut dire du
reste que, selon les informations, l’entourage du président exigeait le départ du ministre de la Défense en oubliant que le chef de l’Etat, avait soigneusement évité d’envoyer la réquisition des
forces armées, c’est-à-dire, finalement un ordre écrit pour l’emploi de l’armé dans le maintien d’ordre ».
La déclaration a surpris beaucoup d’observateurs de la scène politique et de la société civile pour plusieurs raisons. D’abord,
les gens s’interrogent depuis, sur l’opportunité même de cette révélation surtout de la part d’une personnalité ayant assuré de hautes fonctions de l’Etat. Aussi, certains ont du mal à croire
que, quelques années après les folles journées de janvier à Mars 1991, le premier Président démocratiquement élu, puisse faire une telle proposition à son ministre de la Défense , qui n’a
pourtant pas hésité à accepter, après cet orage, le poste de Premier ministre qu’occupait depuis quelques temps Younoussi Touré.
On pourrait peut-être ne pas se poser des questions sur la véracité d’une telle déclaration parmi tant d’autres. Mais on a du mal
à saisir l’opportunité de la déclaration qui prend la forme d’une révélation trop tardive, d’une cabale bien montée pour salir ce président plus encaisseur, adepte de « la parole est d’or, le
silence est d’argent ». C’est ce qui amène beaucoup de gens à penser que Abdoulaye Sékou Sow a quelques idées derrière la tête, en choisissant de sortir de sa réserve, seulement
maintenant.
Décidément la situation politique au Mali étant riche en rebondissements, il va de soi qu’en fin de compte, les uns et les autres
seront mieux fixés sur les tenants et les aboutissants des faits et gestes d’hier à aujourd’hui, de ceux qui ont eu l’honneur, le devoir et la chance d’assurer les hautes fonctions de l’Etat. Que
veut réellement l’ancien PM de Alpha Oumar Konaré ? L’avenir nous le dira.
Tiémoko TRAORE
Commentaires Récents